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Violence fondamentale1


A partir de divers textes de Freud et les travaux de M. Klein, J. Bergeret a élaboré une théorie de la « violence fondamentale »2 dans le développement individuel du sujet. En 1915, dans un texte sur « la guerre et la mort »,3 Freud parle de « l’évolution de l’imaginaire humain se produisant sous l’influence de l’environnement et à partir d’éléments brutaux archaïques – mouvements pulsionnels. » Cette évolution serait à l’origine du « comportement de tendresse (…) sans que les éléments instinctuels brutaux fondamentaux ne disparaissent complètement. » C’est à partir de 1920, notamment dans le texte « Au-delà du principe de plaisir »4 que Freud a décrit, selon l’étude de J. Bergeret, « une représentation fantasmatique précoce d’un danger objectal mettant en question la vie du sujet et constituant une sorte de défense congénitale contre le danger extérieur (…) »5 Pour J. Bergeret, « cette fonction imaginaire innée serait le prototype de toutes les représentations fantasmatiques ultérieures impliquant un danger pour le sujet. »

Quant aux travaux des auteurs kleiniens, ils ont permis de mettre en évidence l’hypothèse « des fantasmes violents très précoces » et « les peurs du tout jeune enfant d’être victime de représentations parentales terrifiantes. » Mais, la thèse principale des auteurs kleiniens c’est qu’il s’agirait, dans ces peurs, de « la propre violence de l’enfant projetée sur les parents à cette période. » La grande nouveauté de cette découverte aura été l’hypothèse selon laquelle « la violence non négociée, non intégrée dans la poussée libidinale peut conduire à des attitudes envisageant la destruction de l’objet. » Cette violence se poursuivrait chez l’adulte « dans des tendances criminelles ou asociales. » C’est ce que J. Bergeret qualifie de « noyau violent primitif » chez M. Klein. Celle-ci affirme que ce noyau violent primitif ne disparaît jamais : soit « il s’intègre dans la libido pour lui conférer sa puissance, ou bien il intègre une partie de la libido libre pour donner naissance à l’agressivité et au sadisme véritable. »6

Enfin, référence faite aux travaux de I. Hendrich, J. Bergeret revient sur le concept freudien de « pulsion d’emprise » qui serait « innée, asexuée, non agressive, ne devenant sadique qu’une fois sexualisée, liée à une origine héréditaire poussant à l’action pour des raisons vitales. » Sur ce point, D. Braunschweig et M. Fain affirment que la « pulsion d’emprise » constituerait une forme de « narcissisme primitivement secondaire » qui, selon le commentaire de J. Bergeret, correspondrait à son tour à « une formation imaginaire représentant un investissement du Moi. » Cette formation imaginaire résulterait « à la fois de la mise en action de moyens spécifiques environnementaux (c’est – à – dire les modèles proposés par les parents) et de la satisfaction accordée aux instincts de conservation (c’est – à – dire des éléments structuraux innés.) » D’après J. Bergeret, le but de ce processus est celui de « faire cesser cet état de détresse initial lié au dilemme : « l’autre ou moi ? » Ainsi, la réflexion de J. Bergeret aboutit à l’hypothèse de l’existence d’une « violence fondamentale » qui « s’appuie (…) à son origine sur des mises en scène tout à fait précoces telles que « l’autre ou soi ? » ; « lui ou moi ? » ; « survivre ou mourir ? » ; « survivre au risque de devoir tuer l’autre » sans intention nette de détruire spécifiquement cet autre. »7

En définitive, comme le souligne J. Bergeret, « l’instinct de mort correspondrait chez Freud à l’évocation d’une étape vers le retour d’un refoulé primaire antérieur au refoulé sexuel. » Par conséquent, « le sujet ayant correctement atteint son Œdipe (…) serait celui qui a pu réaliser au sein de l’économie génitale triangulaire l’intégration des données essentiellement violentes de son refoulé primaire. »8

1Cf. SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de Doctorat soutenue le 25 février 2011 à l'Université Paris Diderot - Paris7, publiée à l'Université Lille3, Atelier National de Reproduction des Thèses, 2012 ; puis à Issy-les-Moulineaux, Éditions Umusozo, 2013.

2 BERGERET J., (1980), texte « La violence fondamentale », in Freud, la violence et la dépression, Paris, PUF, 1995, p. 63 - 92.

3 FREUD S., (1915), texte « Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort », in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1981, pp. 9 - 40.

4 FREUD S., (1920), texte « Au-delà du principe de plaisir », in Œuvres complètes XV 1916 – 1920., pp. 292 - 293.

5 BERGERET J., texte « La violence fondamentale », in Freud, la violence et la dépression, op. cit., p. 78.

6 Ibid., p. 79.

7 Ibid., p. 80.

8 Ibid., p. 82.

Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

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