Essai su l'autosuggestion
ÉDITIONS UMUSOZO
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© Déogratias SEBUNUMA / Umusozo.

Le 12 février 2014 / e-book

ISBN 9791091904100

Le 05 mars 2014 / Format papier

ISBN 9791091904117

INTRODUCTION

Dans son texte Psychologie des foules et analyse du moi1, à l'opposé d'autres chercheurs qui s'étaient intéressés avant lui sur la même question, S. Freud a pris en compte les premières relations du sujet dans l’étude de la « psychologie des foules » : En effet, celle-ci étudie l’homme isolé, « en tant que membre d’une lignée, d’un peuple, d’une caste, d’une classe, d’une institution (…) ou en tant que membre d’un agrégat humain qui s’organise en foule pour un temps donné, dans un but déterminé ». Mais, on a ici l’impression que le facteur « nombre » prime sur l’importance accordée aux relations particulières de l’individu. Freud constate que l’on a longtemps supposé que le fait d’être dans une foule, donc dans des conditions particulières, conférait une « pulsion particulière » dite pulsion sociale qui ne se manifeste pas dans d’autres conditions.

Certes, reconnaît S. Freud, le facteur nombre peut éveiller dans la vie psychique de l’homme une pulsion nouvelle et ordinairement non activée. Mais l’origine se trouverait ailleurs. Pour cela, deux pistes sont possibles :

- « La pulsion sociale peut être non originaire et non décomposable »  ;

- « Les débuts de sa formation peuvent être trouvés dans le cercle plus étroit, comme par exemple celui de la famille »2.

Pour cela, S. Freud a posé la question du « sujet » là où d'autres auteurs ne s'intéressaient qu'à la masse, à la foule et aux phénomènes collectifs au détriment de l'implication individuelle de chacun des membres des mêmes foules.

Néanmoins, l'observation du même auteur ci-dessus exposée mérite une attention particulière : « la pulsion sociale peut être non originaire et non décomposable » ; « les débuts de sa formation peuvent être trouvés dans le cercle plus étroit, comme par exemple celui de la famille ». Si la « psychologie des foules » peut être « expliquée » et comprise à partir de la « psychologie individuelle », pourquoi existerait-il une « pulsion sociale » qui pourrait « être non originaire et non décomposable » ? C'est à cette question que nous essayerons de répondre dans la présente réflexion :

En effet, le caractère « non originaire » et « non décomposable » de la pulsion sociale renvoie à l'étiologie-même de la psychologie des foules : la « psychologie individuelle ». Autrement dit, au sein même de la foule, c'est la question du « sujet » qui est posée : lors de la survenue des violences collectives par exemple, si on séparait les membres du groupe, à quel « sujet » individuel aurions-nous affaire ?

I. Observations préliminaires

Comme je l'ai déjà exposé dans ma thèse de Doctorat « La compulsion de répétition dans les violences collectives »3, la survenue de la violence collective résulte de la mutualisation des « violences individuelles » sous l'influence d'un meneur : un personnage historique ou une idéologie.

Dans la continuité de nos précédentes recherches et à partir du cas du Rwanda, nous allons formuler de nouvelles hypothèses de réflexion - en nous appuyant sur des observations cliniques - afin de mieux comprendre les mécanismes psychiques qui sur-déterminent le passage à l'acte collectif lors de la survenue des violences collectives.

1. Du point de vue phénoménologique

Même s'il est le plus souvent difficile de déterminer l'identité des protagonistes lors des conflits collectifs, il nous est néanmoins facile de déterminer l'identité des victimes des mêmes conflits : cela à partir des séquelles physiques et/ou psychiques, mais aussi, malheureusement, à partir du constat du cas des victimes ayant perdu la vie. Ainsi, sur le plan phénoménologique, il existe deux camps distinctifs : le camp des victimes et le camp des bourreaux.

Le camp des victimes

Les victimes des violences collectives n'ont pas d'âge, de sexe, ou d'appartenance à une classe sociale spécifique : on y trouve aussi bien les riches et les pauvres, les vieillards et les enfants, les hommes et les femmes, les personnes handicapées, les malades et les individus en bonne santé, etc. Cependant, à partir du cas du génocide au Rwanda de 1994, nous constatons certaines spécificités dans les massacres collectifs : par exemple, les enfants et les vieillards ont été le plus souvent brûlés vifs, tandis que certaines femmes ont subi un double crime, à savoir le viol suivi du massacre des victimes.

Le cas des bourreaux

Les bourreaux, c'est « Monsieur » et « Madame » tout le monde. Cependant, contrairement à l'identité des victimes - qui appartiennent à toutes les couches de la société -, lors des violences collectives, les bourreaux appartiennent particulièrement à la tranche d'âge dite de « population active ». Autrement dit, les enfants et les vieillards sont très peu représentés dans le camp des bourreaux. Cela s'explique par deux facteurs : d'abord, pour commettre des crimes, il faut avoir la force ! En effet, certaines victimes potentielles étant elles-mêmes des hommes et des femmes capables de se défendre physiquement, il va de soi que les bourreaux soient majoritairement des personnes en bonne santé et appartenant à la tranche d'âge de la maturité. Le deuxième facteur, c'est celui de la manipulation idéologique : les enfants ne sont pas encore assez mûrs pour adhérer à des slogans idéologiques qui galvanisent les foules ! Quant aux vieillards, ils sont limités physiquement, ou bien, certains possèdent une certaine expérience de la vie qui leur permet d'avoir un certain recul vis-à-vis des discours de la haine.

2. Du point de vue clinique

Sur le plan clinique, nous constatons à nouveau deux camps distincts : celui des victimes et celui des bourreaux.

Le camp des victimes

Parmi les victimes, nos observations actuelles sont les suivantes : ceux qui se souviennent de tous les événements qu'ils ont vécus et de tous les préjudices qu'ils ont subis ; ceux qui se souviennent partiellement des événements dont ils ont été victimes - lorsqu'ils essayent de raconter leur histoire, le récit est régulièrement interrompu par des silences et des trous de mémoire - ; ceux qui ne se souviennent de rien au sujet des faits dont ils ont réellement été victimes.

Le camp des bourreaux

Parmi les bourreaux, nous distinguons à ce jour trois catégories :

- la catégorie des suiveurs : ce sont ceux qui auraient adhéré au discours de la haine sans en être totalement convaincus. Mais, comme tout le monde participait à la « chasse à l'homme » contre des « ennemis », eux aussi ont suivi la foule ! Le plus souvent, les « suiveurs » n'auront commis aucun crime. Cependant, ils auront été témoins des crimes commis par d'autres membres du groupe.

- la catégorie des « rabatteurs » : ce sont ceux qui sont chargés de « débusquer » l'ennemi ! Ils sont ainsi beaucoup plus « zélés » que les « suiveurs » ! Néanmoins, sauf en cas de nécessité extrême - par exemple, lorsque la victime essaye de se défendre -, le plus souvent, les « rabatteurs » ne passent pas à l'acte ultime de tuer.

- le cas des tueurs : c'est finalement une poignée d'individus, au sein d'une foule, qui se charge d'exécuter le geste ultime de tuer ou de violer les femmes ! Cette dernière catégorie est, selon le terme utilisé par un des patients que j'ai suivis, la catégorie des « plus zélés qu'il ne faut » !

Conclusion

Que l'on soit victime ou bourreau, les observations ci-dessus exposées nous confrontent à une question théorique et clinique essentielle : la question de la singularité et de la subjectivité, voire même celle de la « responsabilité » individuelle en ce qui concerne le camp des bourreaux.

Afin d'apporter une modeste contribution à cette question complexe du point de vue théorique et clinique, notre présente recherche sera consacrée à la « théorie fondamentale sur l'autosuggestion » : un essai sur l'autosuggestion à partir des situations de violence collective.

1 FREUD S., (1921), texte «  Psychologie des foules et analyse du moi  », in Essais de Psychanalyse, Paris, Payot, 1981, pp. 119 - 204.

2 Ibid.

3 SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de Doctorat soutenue le 25 février 2011 à l'Université Paris Diderot - Paris7, publiée à l'Université Lille3, Atelier National de Reproduction des Thèses, 2012 ; puis à Issy-les-Moulineaux, Éditions Umusozo, 2013.


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Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

Psychopathologie
Descriptive II


Synthèse

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Le Jugement
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Le génocide
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