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Illusion groupale1


Violences collectives et illusion groupale : A partir de différents cas cliniques, on peut se demander si les violences récurrentes dans des situations de guerre ne relèveraient pas d’une forme de « folie collective » qui se produit dans des circonstances bien déterminées et selon l'histoire de chaque peuple concerné. Bien entendu, cette hypothèse ne vise pas à exclure ou à nier la responsabilité individuelle de ceux qui commettent des actes antisociaux.

C'est à ce titre d’ailleurs que l’observation de D. Anzieu sur la formation des groupes pourrait nous éclairer. D’abord, cet auteur rappelle la thèse freudienne selon laquelle « le rêve est la réalisation hallucinatoire du désir ; les processus primaires y apparaissent dominants. » Puis,
D. Anzieu qualifie le rêve comme un symptôme névrotique : « le rêve est un débat avec un fantasme sous-jacent. » Enfin, selon le même auteur, le groupe qui est aussi un rêve, le groupe réel,
« c’est avant tout la réalisation imaginaire d’un désir ; les processus primaires voilés par une façade de processus secondaires y sont déterminants. » Comme le rêve, le groupe est un débat avec un fantasme sous-jacent. Pour cela, « les humains vont à des groupes de la même façon que dans leur sommeil ils entrent en rêve. »2

Définition : l'illusion groupale est un « état psychique collectif des membres d'un groupe » ayant reconnu et accepté un « leader » commun. « Cette illusion (…) reproduit le renoncement des frères et sœurs au désir infantile d'être chacun le préféré du père. Dans les groupes non directifs, l'illusion groupale survient après une première phase dominée par l'angoisse de persécution. D'où le sentiment d'euphorie d'être délivré de cette angoisse. L'illusion groupale cimente alors l'unité du groupe. Elle est à l'évolution d'un groupe ce que le stade de miroir est à l'évolution de l'enfant : une étape nécessaire mais aliénante, fondatrice du narcissisme groupal. »3

L'illusion groupale fédère les membres et, en tant que protectrice de « l'angoisse de persécution », elle permet à chacun des membres d'obéir au « leader » de manière inconditionnelle. Ce qui, c'est mon hypothèse, expliquerait la paix relative observable dans les états où règne la dictature absolue ! Or, dès que le « leader » n'est plus, surtout, s'il disparaît de façon tragique, l'illusion groupale s'effondre et l'angoisse de persécution reprend ses droits ! C'est alors que le chaos psychique et institutionnel peut conduire à la formation des foules primaires, capables de commettre les crimes extrêmes. Sur ce point, le cas du Rwanda qui fait l'objet de notre étude illustre cette hypothèse.

Ainsi, la situation des violences collectives semble confirme l'observation kleinienne selon laquelle le noyau violent primitif ne disparaît jamais : tout au long de son existence, l’individu conserve la propension au sadisme et/ou au masochisme, quel que soit son statut social ou son degré d’instruction. Pour cela, notre hypothèse est que les pulsions archaïques visant le passage à l’acte coexistent aux côtés des processus secondaires hérités de la culture : En temps de paix, les mêmes pulsions violentes sont constamment réprimées par la Loi ou le surmoi culturel. Mais, lorsque le « chaos social » se produit, les pulsions de mort visant la destruction reprennent leur droit. Et cette observation permet de comprendre la conclusion de D. Anzieu sur la nature de « l’illusion groupale »4 : « à côté de l’illusion individuelle et des productions culturelles qu’elle alimente et dont elle se nourrit, il existe une illusion groupale, régression protectrice, transition vers la réalité inconsciente intérieure ou vers la réalité sociale extérieure. »5

1Cf. SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de Doctorat soutenue le 25 février 2011 à l'Université Paris Diderot - Paris7, publiée à l'Université Lille3, Atelier National de Reproduction des Thèses, 2012 ; puis à Issy-les-Moulineaux, Éditions Umusozo, 2013.

2ANZIEU D., (1971), texte « L’illusion groupale », in Le groupe et l’inconscient, Paris, Dunod, 1999, pp. 74 – 98.

3ANZIEU D., article le « Bouc émissaire », in DORION R. et PAROT F. (sous la direction de), (1991), Dictionnaire de psychologie, Paris, PUF, 2003, p. 94.

4ANZIEU D., (1971), texte « L’illusion groupale », in Le groupe et l’inconscient, op. cit., ibid.

5Ibid., p. 97.

Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

Psychopathologie
Descriptive II


Synthèse

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Le Jugement
de l'Histoire


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Le génocide
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