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Identification1


Le concept de l'identification chez Freud, mais aussi la nouvelle approche théorique de M. Klein sur l'identification projective, nous aidera à analyser les processus psychiques qui constituent l'étiologie des violences criminelles – comme le viol par exemple, au-delà même (ou en deçà) de l'identification au meneur et aux autres membres du groupe. En effet, tous les membres d'une foule ne commettent pas nécessairement des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité ou des génocides ! Ainsi, certains membres d'une foule déchaînée dépasseraient les limites pour commettre des actes criminels impensables. Pour cela, la théorie de M. Klein sur l'identification projective permet d'analyser les processus psychiques archaïques, proches de la paranoïa et la schizophrénie, qui seraient à l'origine de ce comportement singulier de certains membres d'une même foule : le même comportement de « folie » passagère profite de l'anonymat dans la masse pour s'exposer au grand jour !

Identification : « Terme employé en psychanalyse pour désigner le processus central par lequel le sujet se constitue et se transforme en assimilant ou en s'appropriant, en des moments clés de son évolution, des aspects, attributs ou traits des êtres humains qui l'entourent. »2

En tant que “expression première d’un lien affectif à une autre personne, l’identification est au centre du complexe d’Œdipe. Par un intérêt particulier pour son père, le désir du petit garçon est celui de “devenir et être comme lui, le père étant pris “comme idéal pour l’enfant. En même temps, peut-être même bien avant cette idéalisation au père, le garçon aura “commencé à effectuer un véritable investissement objectal de la mère selon le type par étayage. D’où le fait que le garçon présente deux liens psychologiquement différents : un investissement objectal nettement sexuel avec la mère, et une identification exemplaire avec le Père. Les deux liens “coexistent un temps sans s’influencer ni se perturber réciproquement. Mais par la suite, par l’unification de la vie psychique, les deux liens se rencontrent et de cette rencontre naît le complexe d’Œdipe normal. Le garçon découvre que “le père lui fait obstacle auprès de la mère. A partir de là, l’identification au père pour le garçon prend la voie d’hostilité et devient identique au désir de remplacer le père également auprès de la mère.3

Chez la fille, par contre, le complexe d’Œdipe “subit une inversion. Le père peut être pris comme “objet dont les pulsions sexuelles attendent leur satisfaction. Dans ce cas, dit Freud, l’identification au père devient “le précurseur du lien objectal au père. D’où les substitutions correspondantes pour la petite fille.4 Ainsi, l’identification au père pour le garçon correspond “à ce qu’on voudrait être tandis que pour la fille, cette identification au père correspond “à ce qu’on voudrait avoir. La différence porte alors sur “le sujet ou sur l’objet du moi. Pour cela, l’identification est ce fait d’aspirer “à rendre le moi propre semblable à l’autre pris comme modère.

L’identification peut cependant être perturbée

C’est le cas de certaines névroses. Par exemple, une jeune fille peut présenter un symptôme lié à l’identification œdipienne transformée en une volonté hostile de se substituer à sa mère. Dans ce cas précis, “le symptôme exprime l’amour objectal pour le père. A défaut de devenir la mère et de prendre sa place auprès du père, la fille s’identifiera à sa mère, par exemple en contractant la maladie dont souffre cette dernière, “sous l’influence de la conscience de culpabilité : tu as voulu être la mère, maintenant tu l’es, au moins dans la douleur.5 Le même symptôme peut aussi porter sur la personne aimée.

Dans ces deux exemples d’identification, “le moi copie une fois la personne non aimée, l’autre fois “la personne aimée. Mais dans les deux cas, il s’agit d’une identification partielle et limitée. Freud signale qu’il y a un autre cas de symptôme lié à une identification qui fait “abstraction du rapport objectal à la personne copiée. C’est le cas de l’identification fondée sur la capacité ou la volonté de se mettre dans une situation identique. Freud donne l’exemple des jeunes filles d’un pensionnat qui, parce que leur camarade vient de recevoir de son ami une lettre qui la rend jalouse, toutes tombent en crise d’hystérie “par voie de la contagion psychique. En effet, comme les autres jeunes filles aimeraient, elles aussi, avoir un rapport amoureux secret, elles acceptent la souffrance qui s’y rattache “ sous l’influence de la conscience de culpabilité. Il s’agit là d’une identification qui porte sur la perception chez l’autre “d’une analogie significative en un point.  Cette identification devient ainsi “l’indice d’un lieu de coïncidence de moi  et ce lien doit rester refoulé.

L’identification liée à la libido

Il y a d’abord l’identification qui est la forme la plus originaire du lien affectif à un objet, puis “par voie régressive, elle devient le substitut d’un lien objectal libidinal par introjection de l’objet dans le moi, enfin, cette identification peut naître chaque fois que l’on est en communauté avec une personne qui n’est pas objet des pulsions sexuelles. « Plus la communauté est significative, plus l’identification réussira et favorisera un nouveau lien. » Par conséquent, le lien entre les individus de la foule “est de la même nature que cette identification née d’une communauté affective importante.  Puis, cette communauté à son tour, “ réside dans le type de lien qui rattache au meneur.6

1Cf. SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de Doctorat soutenue le 25 février 2011 à l'Université Paris Diderot - Paris7, publiée à l'Université Lille3, Atelier National de Reproduction des Thèses, 2012 ; puis à Issy-les-Moulineaux, Éditions Umusozo, 2013.

2ROUDINESCO E. et PLON M., Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, 2011, p. 495.

3FREUD S., (1921), texte « Psychologie des foules et analyse du moi », in Essais de psychanalyse, Éditions Payot, Paris, 1981, p. 168.

4Ibid.

5Ibid.

6Ibid., p. 171.

Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

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